7 semaines plus tard

Le 16 juillet dernier, je me fracture une côte. J’arrive chez le médecin qui me dit : « Il y a deux choses que tu vas apprendre. 1 – demander aux autres de t’aider car ça fait super mal. 2 – être patient car tu en as pour 4-6 semaines. »

En fait, j’ai repris aujourd’hui, le 4 septembre, soit 7 semaines plus tard. Voilà tout ce qui s’est passé. Retour rapide. Ralenti. Avance rapide. Tu sauras tout.

Le 16 juillet dernier, c’était le jour des Championnats de France. Je cartonne à l’entraînement. Normal. Mais pour la première fois de ma vie, je fais mes propres menus, je calcule les glucides, lipides et protéines dont j’ai besoin et incroyable mais vrai, j’arrive à contrôler mon poids, mon pourcentage de graisse et mon appétit. Jackpot ! En plus, j’ai le dossard 222 pour cette course. Obligé, je vais déchirer.

C’est le matin de la course. Je suis à l’hôtel. Je me lève. Direction la salle de bain. Je suis en plein milieu de la salle de bain. J’ai la tête qui tourne. Aucun mur pour me retenir. Je vacille. Essaie de me retenir avec 3 doigts au bord de l’évier. Essaie de me retenir à un rideau qui se déchire sous l’impact de mes 9% de matières grasses. Puis finalement j’atterris sur le rebord d’une fenêtre. Voilà tu le sais maintenant, c’est lui le coupable !

 

Sur le coup, je ne sais pas ce que j’ai. Direct, je me dis : « Laisse tomber, c’est rien ». Mais la douleur augmente. Je me prends 1 mg de dafalgan puis 1 mg d’ibuprofène. Ma mère me fait même un massage. Mais la douleur augmente. On grimpe dans la voiture et à chaque virage à gauche, je pleure.

Ma mère me demande « Tu comptes faire quoi ? »

« Je vais m’échauffer pendant 1 heure. Je réfléchis pas et au bout d’une heure, je déciderai »

Ma mère dit « Va essayer de trouver une pharmacie, on sait jamais ».

Au bout de 50m, je capte que j’arrive pas à avancer. Je me plaignais d’avoir des points de côté auparavant. C’était de la rigolade par rapport à ça. J’essaie de faire du vélo mais à chaque petit défaut de la route, je serre les dents. J’essaie ensuite de faire des mouvements de natation avec des élastiques mais putain, j’ai l’impression d’avoir un piège à loup greffé au poumon.

GAME OVER.

24 heures plus tard, je regarde le classement.

1er en 2h11 – 2ème en 2h16 – 3ème en 2h29.

Depuis 1 an, je tourne entre 2h06 et 2h16. Voilà, t’as compris.

J’aurais fait un podium et j’aurais été qualifié pour les Europe et les Monde en 2018.

Là, que dale. La Vie, l’Univers et le Destin veulent autre chose de moi.

Pourtant, seulement 24 heures après, malgré tous les virages à gauche du monde, je suis sûr que « je vais avoir une idée de dingue durant cette période ».

Je me rappelle qu’en novembre 2016, j’étais au lit, avec 40 de fièvre quand j’ai eu l’idée de ma tournée en Asie et de ses trois courses à Singapour, Taitung et Yokohama. Une tournée qui s’est ponctuée par 2 podiums mais aussi et surtout par une des périodes les plus intenses en bonheur de toute ma vie.

Donc ce jour-là, malgré mon piège à loup, je suis persuadé que je vais profiter de ces semaines d’inactivité pour trouver un truc grandiose à faire ou à créer.

Mon idée de génie a pas attendu longtemps pour jaillir.

Est-ce que je t’en parle tout de suite ? Ou est-ce que je te fais d’abord rire et pleurer, avec mes aventures de jeunes fracturés du thorax ?

Allez, thorax > first. Idée de génie > second.

Déjà, il y a un premier débat auquel je vais mettre fin. À ton avis, quel est la blessure la plus emmerdante ? Se blesser une jambe ou un bras ?

Se blesser une jambe, c’est relou parce que ça dure quand même longtemps et qu’on est toujours plus ou moins en appui sur nos jambes. Merde !

Se blesser un bras, si par malheur tu te blesses le bras avec lequel tu cuisines ou tu manges, t’es vraiment niqué.

Mais par rapport à une facture de côte, c’est d’la rigolade. Les premiers jours, je pouvais pas marcher parce qu’à chaque pas que tu fais, ça vibre jusque dans ta côte. Je pouvais pas bouger les bras parce qu’évidemment tous les muscles de tes épaules sont attachés à tes côtés. Même si t’es allongé, tu peux pas te tourner parce que tes abdos tirent dessus. Mais le pire, c’est que tu peux à peine parler, à peine respirer et à peine rire.

Et crois moi, quand t’es comme un con à pas pouvoir bouger, il y en a des occasions de se marrer !! 😉

Pourtant, c’est malgré cette atmosphère riche en loose inter-galactique que mon idée de génie s’est présentée :

Allongé sur un canapé, j’ai utilisé les seuls muscles que je peux utiliser sans crier, ceux de mes doigts, pour faire une recherche :

« Master Olympic Studies »

Je savais que ce Master existait. Il y a 3 ans, j’étais invité à une conférence sur le sport, à Lausanne, avec évidemment toute une ribambelle d’exposants. J’en ai rencontré un, venant de l’Université de Cologne, en Allemagne, qui m’a parlé de ce Master. Prix : 5 000 €. Aïe. Pas aussi mal qu’une fracture mais quand même !

C’était pas la bonne époque pour moi mais déjà, je me disais qu’un jour, c’est ce truc qu’il faudrait que je fasse !

Alors, je continue > Google > Master Olympic Studies.

Surprise, le Master est disponible en Grèce pour 3 000 € !

Tu trouves pas que ça serait la classe d’étudier à Sparte !!

Je continue et je vois que le Master est également disponible en Allemagne, pour le même prix.

Puis je continue et voilà mon miracle, le Master est disponible à Tokyo.

Il est enseigné en anglais. L’université me paie le billet d’avion et les cours.

Jackpot.

En octobre 2018, je pars donc faire un Master en Études Olympiques à Tokyo.

J’aurais mon diplôme en mars 2020. Je parlerai couramment japonais et j’aurais un job aux Jeux Olympiques de Tokyo et mon petit doigt me dit qu’à défaut de participer comme athlète au triathlon, j’aurais un rôle, à un niveau ou un autre, dans cette course.

Elle déchirerai pas cette histoire ?

Ma petite sœur me dit « Alors attends, j’ai pas très bien compris ton Master, c’est pour faire quoi ensuite ? Je sais pas comment expliquer ça aux gens »

Moi : « Bien, tu peux leur dire que c’est en rapport avec l’organisation d’événements sportifs ».

Elle : « Ah oui, c’est ça, l’organisation d’événements sportifs »

Moi : « Ah non, oublie, quand je dis ‘organisation d’événements sportifs’, j’ai l’impression que je vais organiser une tombola sur la place du village ! Non, t’as qu’à leur dire que c’est soit pour organiser les Jeux Olympiques, soit pour travailler dans une équipe NBA ».

Souvent je m’imagine travailler au CIO, être Président du CIO. Souvent je délire complet. J’suis devant un miroir et je m’imagine en train de faire le discours d’inauguration des JO. Souvent, je m’imagine être le gars qui ouvre l’enveloppe et qui dit « Les Jeux Olympiques 2028 sont attribués à la ville de… »

Je t’avoue, j’ai peur de ce délire parfois. Parce qu’en ce moment, je jouis d’une liberté incroyable. Je travaille à la maison et je m’entraîne quand je veux. Si je veux faire une course un 12 février ou un 26 octobre, j’ai besoin de demander de congés à personne.

Si mon délire se réalise et que je travaille au CIO ou dans une équipe NBA, je crois que j’aurais plus la même liberté.

Je me suis alors posé la question et je crois qu’honnêtement, si j’avais une mission héroïque à accomplir en rapport avec le sport, la communication, les peuples, la paix, un truc comme ça, je serais tellement à fond dedans que je crois que je serais prêt à donner ma pseudo-liberté en échange.

Tu comprends ? C’est dur à expliquer mais je crois que c’est vrai.

Il y a quelques mois, à Singapour, j’ai appris quelque chose sur moi. C’est que je travaillerai toute ma vie. Je donnerai toute mon énergie toute ma vie à quelque chose qui me fait vibrer. C’est dans mon caractère. Je serai jamais à la retraite. En vérité, je suis une machine. Je m’arrête jamais. Je te dis que je suis « libre », mais je crois que c’est carrément relatif. Un ami, un jour, m’a dit « tu n’es pas libre. Tu es esclave de ta passion ».

Je vais arrêter d’écrire là.

Mon rêve de triathlète reste bien sûr vivant. Certes, je ne suis pas aux Championnats du Monde de Rotterdam et je ne fantasme plus de me retrouver au départ du triathlon des JO de Tokyo. Mais je sais que j’ai besoin de sport, de compétition, d’objectifs, de rêves, d’exploits pour être heureux.

Il y a 20 ans, le jour où j’ai compris que je ne pourrais pas devenir basketteur professionnel, j’ai arrêté et je me suis plongé dans mes études médicales.

Et j’ai vécu sans sport, malheureux, pendant 10 ans.

Ce qui est important pour notre bonheur, c’est de faire ce qui nous plaît, et de le faire de notre mieux. Notre niveau actuel, aujourd’hui, et notre niveau final, dans 10 ans, n’ont aucune influence sur notre bonheur. Il faut juste que l’on conserve tous ces ingrédients qui nous plaisent, dans notre vie.

Laisse tomber, je déchirerai comme Président du CIO 😉

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