Altitude – VS – Tropiques

Au cours des deux derniers mois, j’ai passé 18 jours à Singapour, à 1 degrés de latitude Nord par rapport à l’Equateur, et 24 jours à Saint-Moritz, à 1775 m d’altitude. La question se pose donc :

Altitude et Tropiques, c’est qui le plus fort ?

TAN NAN ! Voilà une intro digne de Rocky III. Non, pour de vrai, quel est le meilleur environnement pour s’entraîner ? Où faut-il aller s’entraîner juste avant une grosse compétition ? Au chaud où tu transpires ta race ? Au froid où tu te les cailles ?

C’est la 2ème fois que je viens m’entraîner à Singap’ (3 mois en tout). Saint-Mo’, c’est la 3ème fois (2 mois en tout).

Constat de départ :

Si je devais résumer l’agression que représente la température et l’humidité des Tropiques, je dirais “extérieure, intérieure et ponctuelle”. Si je devais résumer l’agression que représente le manque d’oxygène en Altitude, je dirais “intérieure et permanente”.

Dans les Tropiques, ta peau est agressée et ton sang aussi. Dès que tu commences ton effort, ton cœur bat 10 pulsations plus vite que d’habitude…mais dès que tu rentres chez toi, l’agression est terminée…sauf si tu as pris un coup de soleil ou si tu n’as pas l’air conditionnée (un des deux m’est arrivé, je te laisse deviner lequel…)

En Altitude, le manque d’oxygène agresse également ton sang, mais pas de la même façon. Tes pulsations sont au même niveau. Cependant, tes muscles n’ont pas l’oxygène pour fonctionner au même rythme que d’habitude. D’après des études scientifiques, la chaleur (comme celle d’un sauna) entraîne une augmentation du volume plasmatique et une plus grande endurance.

Une plus grande endurance”, attends, je crois que je viens de comprendre quelque chose.

En Altitude, en revanche, tes globules rouges apprennent à fonctionner avec moins d’oxygène et quand tu redescends au niveau de la mer, tout d’un coup, ils sont capables de gérer plus d’oxygène et donc de fonctionner à un plus haut rendement.

Un plus haut rendement”, attends, je crois que je viens de comprendre quelque chose.

Est-ce que cela veut dire qu’avant un marathon, un half-ironman ou un ironman, il vaut mieux partir dans les Tropiques ?

Est-ce que cela veut dire qu’avant une compétition grave importante, il vaut mieux aller en altitude ?

Ou est-ce que ça veut juste dire que les deux environnements sont aussi bien l’un que l’autre ?

 

Période d’adaptation : 0 > 10 jours

Dans les Tropiques, c’est simple, l’adaptation consiste à s’entraîner tôt le matin ou tard le soir. Cependant, l’humidité existe toujours, peu importe l’heure. Je ne sais pas si tu t’adaptes réellement, d’un point de vue physique, à la chaleur et l’humidité. Qu’est-ce t’en penses ? Peut-être que tu apprends à aimer la chaleur ou à mieux la supporter, mais s’adapter ? Vraiment ? Même après plusieurs semaines, 35 degrés, ça fait toujours aussi mal. J’ai grandi à Marseille et j’aime la chaleur mais je pense que la chaleur sèche qui existe dans le Sud de la France où dans n’importe quel autre pays en été n’est pas comparable avec une chaleur humide.

Dans les Tropiques, c’est surtout en course à pied que c’est dur. En vélo, la vitesse créer une petite brise. En natation, aller dans une eau relativement fraîche fait du bien.

Les Tropiques représente surtout un challenge au niveau mental et préparation. Tu bois différemment, tu prends une bouteille avec toi, tu t’alimentes différemment, tu manges plus salé…et enfin, tu penses différemment. Tu dois penser différemment. Quand je courrais au Portugal, et que c’était très dur, je me disais “reste concentré, ça paiera lors de la prochaine course”. Alors que quand je courrais à Singapour, je ne pensais pas à ma prochaine course, je me disais “Le jour où tu te qualifies pour Kona, t’es prêt”. Le niveau de tes pensées est différent. T’as pas le choix d’être super concentré sinon au bout de 20 mètres, tu vas t’asseoir sur les bancs à côté des gens qui se font un barbecue sur la plage !

En Altitude, l’adaptation consiste à attendre…dix jours (pour moi). D’ailleurs, j’ai remarqué qu’une dizaine de jours représente “le” chiffre lorsque l’on parle d’adaptation. Climat, altitude, décalage horaire, j’ai toujours remarqué qu’il me fallait une dizaine de jours pour mentalement être bien dans mes pompes et, physiquement, pour pouvoir fonctionner normalement. Seulement, tout est plus flagrant en Altitude. Quand j’étais allé en Nouvelle-Zélande, je passais par des moments où je me disais, “Putain, j’suis fonce-dé” mais le reste, ça allait. Dans les Tropiques, tu te dis par moment, “Putain, ça crame !” mais après le reste, ça va.

Tout est plus flagrant en altitude parce que l’agression est permanente…et peut-être aussi parce que l’oxygène, c’est un peu méga-super important.

La première fois que je suis venu en altitude, j’ai eu des insomnies de dingue. Au bout de 15 jours, je suis rentré à la maison car j’arrivais pas à dormir. J’avais lu que les insomnies en altitude sont un mécanisme de défense du corps qui ne veux pas te laisser dormir avec si peu d’oxygène et que tu te choppes un œdème pulmonaire.

La deuxième fois que je suis venu en altitude, mon corps a compris que j’allais me taper un oedème et donc j’ai réussi à dormir mais je me rappelle de nombreuses soirées ou après avoir éteint la lumière et avant de m’endormir, je commençais à respirer très fort et très rapidement comme si je venais de courir un 400 m en 1’10…exactement comme si j’étais à la recherche de molécules d’oxygène en plus.

Lors de cette troisième fois, c’est bon, je dors et respire normalement. En revanche, le constat est toujours le même lors de l’entraînement, durant ces 10 jours, tu vas moins vite et tu respires plus fort.

Le reste de la journée, cependant, tout va bien. L’Altitude, c’est un peu comme quand tu es anémié. Tu arrives à travailler sur ton ordinateur. Ton humeur n’est pas affectée. Mais dès que tu t’entraînes, tu réalises qu’il manque quelque chose. Lors d’un entraînement en piscine, il y a quelques semaines, un Allemand me branche, « Je suis venu m’entraîner ici pour progresser mais je comprends pas. Je suis arrivé hier mais je ressens pas l’Altitude ». Je lui ai dit « Vas-y, fait quelques longueurs, tu vas comprendre ».

 

Après l’adaptation : 10 jours > Fin du séjour

Au bout d’une dizaine de jours dans les Tropiques, tu arrives à courir et à pédaler à la même vitesse que d’habitude. Nager, j’en suis pas sûr. Etant donné que les piscines sont en plein air, que l’eau est chaude et que tu nages entre 3 et 5 kilomètres/heure, le soleil a largement le temps de te tomber dessus. Je me rappelle de beaux chronos en course à pied et en vélo, mais pas en natation.

Au bout d’une dizaine de jours en Altitude, tu arrives à tout faire normalement. J’irai même jusqu’à dire que tu arrives à tout faire…mieux que normalement. Comme s’il y avait un premier effet boost sur ton sang. Durant cette période, je cours bien, pédale bien et arrive à nager fort. Je dirais même que c’est là que je nage le mieux.

 

Retour dans ton environnement : Fin du séjour > Compétition

Je ne sais pas exactement le nombre de jours qu’il doit/devrait y avoir entre ton départ des Tropiques et ta compétition. Je suis parti de Singapour un Lundi puis j’ai couru un half-ironman à Taiwan (6 jours après) et un distance olympique au Japon (20 jours après le départ de Singapour, 13 jours après le départ de Taiwan).

A Taiwan, j’étais en forme, j’ai fait un podium mais pas de chrono extra-ordinaire (4h56 > 28′, 2h33 et 1h45)

Au Japon, en revanche, chrono normal en natation et en vélo et chrono irréel en course à pied (2h11 > 24′, 1h10, 36′)

Est-ce que s’entraîner dans les Tropiques favorise donc surtout la performance en course à pied ?

Je me rappelle de mon premier séjour à Singapour en 2013. Juste avant mon départ, j’avais couru 45 minutes, allure footing tranquille. Puis exactement 7 jours plus tard, j’avais fait le même footing, même durée et même allure…sauf que j’étais en France. J’avais remarqué que j’étais 10% plus rapide.

Si je devais renouveler l’expérience et en tirer des conclusions plus officielles, j’irais m’entraîner 3 semaines dans les Tropiques puis partirai 10 jours avant ma compétition. 10 jours, c’est le chiffre magique, non ?

La première fois que je suis redescendu d’Altitude, j’avais remarqué un pic de forme 10-12 jours après.

La deuxième fois, j’étais redescendu au niveau de la mer, 10 jours avant les Monde de Cozumel où j’avais fait mon meilleur chrono (2h06 > 19′, 59′, 43′).

Est-ce que s’entraîner en Altitude permet donc de fonctionne à un meilleur rendement et donc de faire un meilleur chrono ?

Cependant, lors de ce séjour au Mexique, j’avais remarqué que le 9ème jour, je volais.

Cette année, je quitte donc Saint-Moritz le Vendredi 9 juin, soit 9 jours avant les Championnats d’Europe de Kitzbühel, dimanche prochain.

On verra ce que le résultat dit sur ce combat des titans entre : Altitude et Tropiques !

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s